Quand la peste se relève : le curieux partenariat d’Amnesty international

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Amnesty International est une ONG engagée dans la défense des droits de l’homme, contre la torture et l’emprisonnement politique pratiqués par des États totalitaires. En gros la défense de dissidents persécutés par des régimes non-démocratiques.

En France, sa dernière campagne de lobbying concerne les conséquences de l’état d’urgence sur la liberté d’expression du monde militant.

Une cause louable.

Fin 2015, fraîchement diplômé de l’ISC Business school de Paris, Jérémie Carroy lance sa boîte : La relève et la Peste, l’Orchestre Bienveillant. Un journal qui parlera de ce dont les médias traditionnels ne parlent pas. Il n’a pas franchement le profil d’un opprimé mais plutôt celui d’un fringuant patron de startup.

Pour se lancer, Jérémie Carroy entreprend une campagne de levée fonds par financement participatif. C’est la mode : l’économie « sociale et solidaire » et les business modèles qu’elle promeut sont maintenant enseignés dans les grandes écoles de commerce. Le capitalisme libérale s’est en effet parfaitement adapté au XXIème siècle. Crowdfunding, réseaux sociaux, enrobage participatif-citoyen-alternatif, c’est ça qui marche en ce moment.

La campagne de lancement du financement démarre avec un entretien vidéo réalisée par un site d’extrême droite(*), le cercle des volontaires. Le compte kisskissbankbank lève plus de 7000€, de quoi lancer le journal.
La Relève et la Peste est donc sur pieds sous la forme d’une SASU dont Jérémie Carroy est président, les statuts sont déposés en mars 2015.

Qui y rédige des articles ? Des personnes ayant toutes plus ou moins le même profil, le même cursus : grandes écoles de commerce, Lycée Henri IV ou start-up.
Timothée Dury, Charlotte Dressel-Albepart, Auguste Bergot, Laurie Debove, des noms moins connus que les têtes de gondole mis en avant par la rubrique du site « nos auteurs « .

Parmi eux on trouve Gabriel Rabhi, fils de Pierre. Personnage singulier. Il n’est pas juste rédacteur, La Relève et la Peste assure également la publicité de ses travaux personnels.

Gabriel Rabhi est développeur de formation. C’est sans doute en ayant entendu la fameuse légende du colibri psalmodiée par son père et après avoir bossé pour le grand méchant groupe Bayer qu’il s’est mis à son compte. Gabriel fait donc sa part et son truc c’est la « réinformation ». Il a créé un réseau social dont la Relève et la Peste fait la promo. Un réseau social, un vrai, où l’intelligence collective permet de découvrir ce que les médias nous cachent et d’en débattre. Car pour Gabriel, il y a plein de trucs que les médias cachent ou travestissent : le chiffre des victimes de l’holocauste par exemple. 6 millions de morts ? C’est de la propagande pour Gabriel. Gabriel, lui, a ses sources et ses références. Soral, Civitas, Vernochet, Chouard et même Martin Peltier. Concernant la politique, ce sont des gens comme Chouard et Berruyer qui ont ses faveurs, des gens clairvoyants, honnêtes, à qui on ne l’a fait pas car eux ont compris le système.






La Relève et la Peste veut nous parler de ce dont les médias ne nous parlent pas, comme Gabriel Rabhi. Naturellement, son réseau-social-de-l’intelligence-collective y est présenté. Dans un superbe article présentant le produit, on voit de jolies captures d’écrans qui illustrent les voix que-les-médias-nous-cachent selon Gabriel et qu’il compte faire émerger pour réinformer les citoyens qui ne veulent plus subir la chape de plomb imposée par l’ordre établi. La réinformation présentée concerne le site les crises, de Berruyer qu’on ne présente plus, une vidéo de Vernochet (un nationaliste qui baigne dans le complotisme délirant, voix de l’iran, de Poutine, gravitant dans la dieudosphère et chez les complotistes) proposée par media-presse-info, un site nationaliste réactionnaire organe de propagande de Civitas et enfin Le Cercle Aristote, structure d’obédience néo-droitière.

Belle démonstration. C’est donc ça les victimes du système selon Gabriel Rabhi et c’est pour ça qu’il roule. Mettre en avant la fange la plus réactionnaire, la plus grotesque et la plus folklorique proposée par l’extrême droite française. Ce n’est pas une surprise, son site propose comme sources des sites tels que reinformation.tv, égalité et réconciliation, leseaker par exemple et d’obscurs blogs qui relève du conspirationnisme forcené.

Le rapport avec Amnesty International ?

Outre le parrainage d’Edgar Morin, sans doute vu comme gage d’honorabilité, La Relève et la Peste se targue d’un partenariat avec l’ONG : après avoir vérifié, c’est bien le cas Amnesty International le confirme.

Le vernis alternatif, altermondialiste de la revue a-t-il suffi à Amnesty ? La participation à ce journal et la promotion d’un adepte du révisionnisme et de ses activités n’étaient-elles pas des éléments repoussants ? L’ONG estime-t-elle comme les dissidents français autoproclamés, que les antisémites, les conspirationnistes, les révisionnistes sont persécutés en France ?

Des questions se posent. Toujours est-il qu’Amnesty sert de caution à cette entreprise.

(*) Je qualifie « le cercle des volontaires » d’extrême droite. Je réfute le néologisme » confusionniste ». Lorsque l’objectif d’un groupe est de faire la part belle au nationalisme, à l’antisémitisme, au complotisme, de présenter des bourreaux (Assad) comme des victimes, de présenter des individus au service de l’impérialisme russe en Ukraine comme des spécialistes en « géopolitique », etc, il n’est pas question de confusion : on parle bien d’un groupe militant d’extrême droite.

 

Source : http://nicolas-mercier.eu/2017/10/15/quand-la-peste-se-releve-le-curieux-partenariat-damnesty-international/

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